La Pierre des Gottettes (Croy, Romainmôtier)
Entre archéologie, paysage et géométrie symbolique
Au cœur des forêts dominant le vallon du Nozon, au-dessus du village de Croy et à proximité de l’abbatiale de Romainmôtier, haut lieu du patrimoine clunisien en Suisse, la Pierre des Gottettes demeure l’un des sites mégalithiques les plus énigmatiques du Jura vaudois. Discrète, difficile à localiser et relativement peu étudiée, cette pierre gravée se situe à la frontière de plusieurs domaines : archéologie préhistorique, géologie glaciaire, anthropologie symbolique et étude des relations entre paysage, géométrie et sacré.
À travers les traces gravées sur sa surface, son implantation dans le territoire et les interprétations qu’elle suscite, la Pierre des Gottettes apparaît comme un lieu où se croisent données scientifiques, traditions symboliques et expériences sensibles du paysage.
Un territoire anciennement habité
La Pierre des Gottettes se situe dans le bois du même nom, à environ 700 mètres d’altitude, accessible depuis le village de Croy par les chemins du patrimoine du Nozon.
Cette région du nord vaudois présente une continuité d’occupation remarquable. Le vallon du Nozon concentre en effet de nombreux vestiges allant du Néolithique jusqu’à l’époque médiévale : voies anciennes, structures mégalithiques, habitats protohistoriques et présence monastique liée à l’Abbatiale de Romainmôtier.
Dans cette forêt relativement préservée de l’urbanisation moderne, plusieurs indices témoignent d’une fréquentation humaine très ancienne. La densité des sites archéologiques dans ce secteur suggère que cette région a pu constituer un espace symbolique important dès la préhistoire.

Un bloc erratique d’origine alpine
La Pierre des Gottettes est un bloc erratique transporté sur plusieurs dizaines de kilomètres par le glacier du Rhône lors des glaciations alpines. Cette roche métamorphique rare, est composée de métagabbro de l’Allalin, originaire de la région de Saas en Valais.
Sa composition particulièrement dure en faisait un matériau apprécié durant le Néolithique pour la fabrication d’outils et d’objets polis.
Un détail attire cependant l’attention : contrairement à la plupart des blocs erratiques, généralement arrondis par l’érosion glaciaire, la Pierre des Gottettes présente des lignes relativement anguleuses et une silhouette singulière. Cette particularité a conduit certains observateurs à envisager une intervention humaine partielle sur sa forme actuelle, sans qu’aucune preuve archéologique définitive ne permette encore aujourd’hui de l’affirmer.
Les gravures rupestres
La face principale de la pierre comporte plusieurs types de gravures :
- des cupules (petites cavités creusées dans la roche) ;
- des sillons et rigoles ;
- des formes anthropomorphes ;
- une possible représentation animale ;
- ce qui pourrait correspondre à une scène narrative ou de chasse.
Certaines gravures semblent se superposer, laissant penser que le site aurait été utilisé sur une longue période. Faute de méthode de datation directe applicable à ce type de gravures, les estimations reposent essentiellement sur des comparaisons typologiques avec d’autres sites alpins et jurassiens.
Les archéologues situent généralement leur origine entre 4500 et 4000 ans avant notre ère, durant le Néolithique moyen.

Fonctions possibles du site
Aucune interprétation définitive ne fait aujourd’hui consensus concernant la fonction exacte de la Pierre des Gottettes.
Plusieurs hypothèses coexistent :
- pierre rituelle liée à des pratiques symboliques ;
- support narratif ou commémoratif ;
- site cultuel associé à des rites de chasse ou de fertilité ;
- lieu de rassemblement ;
- espace technique lié au façonnage de la pierre.
Comme souvent pour les sites préhistoriques, il est probable que plusieurs usages se soient succédé ou superposés au fil du temps.
Les cupules, notamment, sont fréquentes dans de nombreuses traditions mégalithiques européennes, mais leur fonction exacte demeure débattue : marques symboliques, usages rituels, repères astronomiques ou simples traces techniques.
Une pierre orientée vers le Mont-Blanc ?
Parmi les interprétations contemporaines les plus intrigantes figure l’hypothèse d’un lien visuel et symbolique entre la Pierre des Gottettes et le massif du Mont Blanc.
Selon certaines observations de terrain :
- la face gravée de la pierre serait orientée en direction du massif ;
- plus précisément vers sa face sud ;
- la silhouette générale du rocher présenterait des ressemblances troublantes avec la face sud du Mont-Blanc ;
- plusieurs rigoles gravées sembleraient reproduire certaines lignes de la montagne, voir même les voies de grimpe représentées sur la photo de François Damilano (ci-dessous)
Des essais de superposition photographique ont notamment été réalisés par Stéphane Cardinaux, suggérant des correspondances morphologiques troublantes entre la pierre des Gottettes et la face sud du Mont Blanc.


Vue de la face sud du Mont Blanc © François Damilano
Vue de la face sud du Mont Blanc © François Damilano
Ces observations ouvrent des pistes de réflexion relevant à la fois de l’analyse du paysage, de l’orientation symbolique et de l’archéogéométrie. À ce jour, ce sujet n’a cependant pas encore fait l’objet d’une étude approfondie associant relevés topographiques, mesures géométriques, analyses astronomiques et comparaison territoriale à grande échelle.
Pourtant, ce type d’approche repose lui aussi sur des outils rigoureux : géométrie, mathématiques, orientation spatiale, observation astronomique et lecture des structures du paysage. Des chercheurs comme Howard Crowhurst, Éric Charpentier, Quentin Leplat ou encore Stéphane Cardinaux explorent précisément ces relations entre territoire, architecture ancienne, reliefs naturels et cycles célestes.
Dans cette perspective, la région de Romainmôtier et du vallon du Nozon pourrait constituer un terrain d’étude particulièrement riche, encore largement ouvert à une lecture archéogéométrique et astrogéométrique approfondie.
La lecture géobiologique de Stéphane Cardinaux
Le géobiologue et auteur Stéphane Cardinaux a consacré plusieurs pages à la Pierre des Gottettes dans ses recherches sur les lieux « énergétiques » de Suisse romande.
Selon ses recherches, la pierre serait l’élément central d’un ancien site sacré néolithique volontairement orienté vers le Mont Blanc. Il évoque notamment :
- l’existence d’un « siège » aménagé au sein du bloc ;
- un « tube magique » orienté vers la montagne ;
- (tube magique: phénomène tellurique naturel, assimilable à une colonne d’énergie verticale très spécifique. Il le décrit comme une structure vivante, agissant comme une petite pompe qui fait monter une fréquence vibratoire, permettant d’accéder à des plans subtils ou invisibles.)
- des phénomènes cosmotelluriques ;
- des réseaux telluriques de type « réseau or » ;
- des vortex énergétiques et cheminées vibratoires.
Cardinaux décrit également une série d’expériences méditatives vécues sur la pierre : sensation d’alourdissement du corps, états modifiés de conscience, impression de déplacement vers le Mont-Blanc ou encore « vol chamanique ».
Il est intéressant de noter que deux personnes de mon entourage, indépendantes l’une de l’autre, ont rapporté un état de « vol chamanique » en s’asseyant sur cette pierre, sans connaître les travaux de Cardinaux. L’une d’entre elles a ensuite évoqué la sensation de se trouver au-dessus du Mont-Blanc.
Dans l’approche de Cardinaux, les cupules et gravures pourraient être liées à des rituels de chasse et à une relation symbolique avec l’esprit de l’animal.
Ces interprétations relèvent d’une approche géobiologique et d’une lecture géobiologique du paysage. Elles explorent des dimensions complémentaires aux analyses archéologiques, en mettant en jeu les relations entre morphologie du site, orientations, perception humaine et organisation symbolique du territoire.
Elles témoignent néanmoins de la manière dont certains sites anciens continuent aujourd’hui de susciter des expériences subjectives fortes et des lectures symboliques du territoire.
La Pierre des Gottettes dans un réseau territorial ?
La Pierre des Gottettes ne semble pas isolée dans le paysage symbolique régional.
À quelques kilomètres se trouve notamment le Cromlech de La Praz, autre site mégalithique majeur du Jura vaudois, auquel j’ai également consacré un article : https://kvervandi.com/le-cromlech-de-la-praz-vaud-suisse/
Il est fascinant de constater que la pierre à cupules de ce cromlech évoque quant à elle, par ses formes et sa présence, la face nord du Mont Blanc.
Depuis plusieurs années, certains chercheurs et passionnés de géométrie sacrée, d’archéoastronomie et d’archéogéométrie évoquent la possibilité de relations spatiales entre différents sites anciens du vallon du Nozon :
- alignements topographiques ;
- orientations astronomiques ;
- rapports géométriques entre mégalithes et reliefs naturels ;
- structuration symbolique du territoire.
Dans cette perspective, la région reliant le Cromlech de La Praz, la Pierre des Gottettes, le vallon du Nozon l’abbatiale de Romainmôtier et le Mormont apparaît comme un terrain d’étude particulièrement fascinant.
L’archéogéométrie et l’astrogéométrie ne relèvent pas d’une approche symbolique vague ou purement intuitive : elles s’appuient sur des relevés, des orientations, des angles, des proportions et des relations mathématiques observables dans le paysage. Lorsqu’elles sont pratiquées avec rigueur, ces disciplines permettent de révéler des cohérences territoriales parfois invisibles au premier regard.
À ce titre, les travaux de Howard Crowhurst et d’Éric Charpentier constituent des références majeures dans l’étude des rapports entre monuments anciens, géométrie du territoire et cycles célestes.
Leur capacité à « faire parler le paysage » par l’analyse des lignes, des orientations et des structures anciennes pourrait apporter un éclairage inédit sur cette région du Jura vaudois, dont la densité de sites mégalithiques, de lieux sacrés et de marqueurs symboliques demeure remarquable.
Il est possible que le vallon du Nozon et la région de Romainmôtier recèlent encore une organisation territoriale ancienne largement méconnue. Entre mégalithes, reliefs alpins, voies de passage et orientations célestes, tout semble ici inviter à une lecture astrogéométrique approfondie.

Approches scientifiques et lectures symboliques
Les recherches universitaires menées sur les pierres à cupules et les sites mégalithiques vaudois; notamment dans le cadre des travaux de Stefan Ansermet à l’Université de Lausanne; rappellent l’importance d’une approche méthodique dans l’étude des paysages anciens.
Dans cette perspective :
- les gravures sont considérées comme des objets culturels complexes ;
- l’analyse des sites repose sur des relevés, des comparaisons et des observations vérifiables ;
- les hypothèses d’alignement ou de structuration territoriale nécessitent des mesures précises et reproductibles ;
- les dimensions symboliques, spirituelles ou rituelles des lieux constituent également des éléments importants de réflexion, même lorsqu’elles échappent en partie aux outils classiques de l’archéologie.
L’étude des mégalithes se situe en réalité à la rencontre de plusieurs niveaux de compréhension : technique, géographique, astronomique, symbolique et spirituel. Réduire ces sites à une seule lecture; qu’elle soit strictement matérialiste ou exclusivement ésotérique; risquerait probablement d’appauvrir leur véritable portée.
Les sociétés néolithiques qui ont érigé, gravé ou sacralisé ces pierres ne séparaient vraisemblablement pas le monde physique du monde symbolique. Pour elles, l’observation du ciel, des cycles naturels, des reliefs, des sources ou des orientations faisait partie intégrante d’une même vision du monde.
Dans cette optique, les approches contemporaines relevant de la géométrie sacrée, de l’archéogéométrie, de l’archéoastronomie ou encore de certaines lectures énergétiques peuvent être envisagées non comme des oppositions à la science, mais comme des tentatives complémentaires d’interroger la relation profonde entre l’être humain, le paysage et le cosmos.
La prudence méthodologique reste essentielle, mais elle n’exclut ni l’intuition, ni l’exploration, ni la possibilité que certains sites anciens aient été conçus selon des logiques symboliques et cosmologiques aujourd’hui encore partiellement comprises.
Un lieu entre science et perception
La singularité de la Pierre des Gottettes réside peut-être précisément dans cette coexistence de plusieurs niveaux de lecture.
Le site constitue simultanément :
- un véritable vestige préhistorique ;
- un bloc erratique remarquable ;
- un support de gravures anciennes ;
- un point fort du paysage symbolique régional ;
- un lieu d’expérience sensible pour de nombreux visiteurs contemporains.
Comme souvent avec les sites mégalithiques, la frontière entre archéologie, mémoire collective et projection symbolique demeure poreuse.
Conclusion
La Pierre des Gottettes demeure l’un des lieux les plus fascinants et mystérieux du patrimoine préhistorique vaudois.
Témoin silencieux d’une présence humaine plurimillénaire, elle conserve des gravures dont la signification exacte nous échappe encore largement. Sa position dans le paysage, ses possibles orientations symboliques et les nombreuses interprétations qu’elle inspire continuent d’alimenter recherches, hypothèses et expériences personnelles.
Si certaines théories; notamment celles reliant la pierre au Mont Blanc ou à un réseau géométrique incluant le Cromlech de La Praz; demandent encore des analyses spatiales et géométriques approfondies à l’échelle du territoire, elles ouvrent néanmoins des pistes de réflexion stimulantes sur l’organisation ancienne du paysage.
La Pierre des Gottettes invite ainsi à maintenir une double exigence :
- la rigueur scientifique dans l’analyse des faits ;
- l’ouverture intellectuelle face à des dimensions du paysage ancien encore mal comprises.
Pour aller plus loin:
Vidéo de la chaine locale CAPStv sur les blocs erratiques de Suisse romande
Sources et références
- Commune de Croy – patrimoine local
- notrehistoire.ch
- ViaCluny – Romainmôtier
- Inventaires régionaux des blocs erratiques vaudois
- Publications générales sur les pierres à cupules en Suisse romande
- Travaux et enseignements de l’Université de Lausanne sur l’archéologie régionale
- Guide des lieux mystérieux de Suisse romande – volume 2 par Stefan Ansermet
- Structures vibratoires des plans de conscience par Stéphane Cardinaux & Anae Martin (éditions Trajectoire)
- Vue du mont blanc par François Damilano


